Cet article est un complément personnel à la paracha Matot, מטות - Nombres 30:2-32:42
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La réflexion proposée par le blog qehila est excellente. Il ne s’agit pas de la contredire mais d’ajouter un élément qui a particulièrement retenu mon attention et auquel je suis très sensible, je crois à juste titre.
La parole.
Cela concerne le chapitre 32 qui parle des vœux que l’on fait à יְהוה , vœux parfois inconsidérés et contraires à la Torah. Il mentionne les moyens de se défaire de ce genre de vœux toxiques.
Cet accent mis sur les vœux, c’est-à-dire aux promesses que l’on fait à soi-même, aux autres ou à יְהוה , peut paraître étrange à l’être humain moderne, qui s’exprime très souvent à tord et à travers, fréquemment dans l’exagération, le mensonge ou la contradiction.
Que déduit-on de ce passage du livre des Nombres en relation avec la parole exprimée ou secrète, émise par un homme ou femme ?
La parole avait en ce temps-là une grande valeur.
Cela est confirmé par d’autres passages du Tanakh.
Les paroles de patriarches déterminent l’avenir de leur descendance. Pensons à Jacob-Israël prophétisant sur chacun de ses fils alors qu’il est en fin de vie.
Pensons aussi à la demande Joseph de voir ses os reposer en Israël auprès de ses pères. Parole demandée qui sera consciencieusement respectée.
Pensons aux paroles de fidélité entre David et Jonathan qui les lie d’une amitié indéfectible.
On pourrait multiplier les exemples.
La parole.
C’est ce que les anciens avaient compris… au point de commettre des aberrations pour ne pas trahir la parole donnée. Aberration comme celle de Jephté qui sacrifia sa propre fille parce qu’il avait fait un vœu stupide.
Nous ne comprenons pas aujourd’hui pourquoi Jephté n’est pas revenu sur cette parole inconsidérée. Si nous ne comprenons pas, cela provient de notre incapacité à voir l’évidence pour cet homme vivant plus de 1000 ans avant la venue de notre Adon Yéshoua.
Une parole avait plus d’importance que la vie de sa fille ! Même si Jephté a totalement tord, il considère la parole donnée comme une valeur suprême… parce que la culture dans l’Israël d’alors le marquait profondément.
C’est cette valeur que nous avons définitivement perdue. La parole est devenue une valeur très secondaire. Elle est utilisée « à tout va »… sans considération.
Un auteur a écrit un ouvrage très pertinent à ce sujet : « La parole humiliée » de Jacques Ellul. Lien ICI
En bas de page, résumé du livre. (lien ancre)
La parole de nos jours est devenue un « lieu creux », parler pour ne rien dire, parler pour vendre, parler pour promouvoir, parler pour paraître, parler pour mentir…. Dévalorisation totale.
Cette parole qui devrait être « contenu », plein de sens, de respect, de vérité est devenue la moquerie de beaucoup, une absence, un vide, une parodie tragique de ce que LA parole qui nous a été donnée devrait ressembler.
Et alors ?
Nous sommes avertis :
« Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin. » Matthieu 5.37
« Avant toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment. Mais que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement. » Jacques 5.12
Par le même écrivain du b’rith Hadasha, nous sommes informés que la langue se nourrit de ce qui se trouve au fond de notre coeur.
« Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. » Jacques 1.26
« …. la langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt.
La langue aussi est un feu ; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne.
Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, sont domptés et ont été domptés par la nature humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel.
Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image d’Elohim
De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi.
La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ?
Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? De l’eau salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce. » Jacques 3.6 à 12
Complétons ici
« Il dit encore : ce qui sort de l’homme, c’est ce qui souille l’homme. » Marc 7.15
Comment dire plus spécifiquement que ces passages la valeur de « ce qui sort de l’homme » ? L’être humain est déterminé bien sûr par ces actes (les œuvres) mais fondamentalement ce qui le définit ce sont ses paroles, si bien sûr elles correspondent aux actes.
On a vu dans un autre article que Yéshoua montre le lien entre très profondément nos pensées (des paroles internes à chacun, si j’ose dire), nos paroles exprimées et nos actes ( L'intention et l'acte ).
Le Fils, LA Parole d’Élohim, a un pouvoir créateur.
La parole qui nous a été donnée en partage a ce pouvoir de bénir ou de maudire, de construire ou de détruire, d’encourager ou de laminer les espoirs de l’autre, etc.
Que ferons-nous de ce don merveilleux ? Suivrons-nous le cours de ce monde pour la galvauder et la ternir ?
NON, si Jacques parle de cette parole souillée qui part de plus profond de nos êtres, il existe une possibilité de réforme… en Yéshoua qui a nous a frayé un nouveau chemin en obéissance au Père.
En Lui nous pouvons accepter la mort de ce fond souillé qui est le partage commun de tous les hommes. Ce fond souillé fait de peur, de colère, de lâcheté, de rébellion.
Par grâce acceptons-en ce dépouillement afin de marcher par pas progressifs en nouveau de vie.
« Et c’est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision que la main n’a pas faite, mais de la circoncision du Mashiah, qui consiste dans le dépouillement du corps de la chair : ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance d’Élohim, qui l’a ressuscité des morts.
Vous qui étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses... » Colossiens 2.11 à 13
Jacques nous a mis en garde à juste titre… Nous parviendrons peut-être d’abord par la grâce qui nous est offerte, à réformer nos actions… Mais l’action de ce petit membre (Eh oui, c'est une action !), la langue, sera toujours à la porte pour mettre un feu malsain au reste.
N'oublions pas; à partir de quelle abondance voulons-nous utiliser notre langue pour parler ?
« L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor ; car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » Luc 6.45
C'est pourquoi:
« Priez sans cesse. » 1 Thessaloniciens 5.17
Résumé du livre « La parole humiliée » de Jacques Ellul.
Voici venus des temps redoutables : ceux de la «pensée molle» et de la parole humiliée. Une indifférence empoisonnée s'élève lentement, comme un mauvais brouillard, des tumultes du moment et des querelles spectaculaires. Les discours modernes ont basculé dans l'enflure et le dérisoire. Rien ne serait plus vrai ni faux, tout deviendrait «égal» dans un monde du bavardage et du soupçon. Philosophie, politique, littérature, journaux : une logorrhée de phrases vides et d'insignifiances submerge l'époque qui voit triompher l'image sur la parole, la «réalité» sur la vérité. Temps de déréliction et de désespoir, temps d'irresponsabilité et du «parler pour ne rien dire»... Cette apothéose de l'idolâtrie technicienne au cœur d'un réel falsifié, ces images proliférantes et ces dieux menteurs organisent peu à peu l'intolérable.
Pourquoi fut ainsi «capturée» la parole? Pourquoi – de tout temps – le signe et l'image aujourd'hui triomphants s'opposèrent-ils au verbe qu'il s'agit de reconquérir? Comment réconcilier la parole et la vie, l'homme moderne et son avenir? Jacques Ellul nous donne ici un de ses textes les plus achevés et les plus puissants. En lui se rejoignent les deux grands axes, politique et religieux, d'une œuvre imposante, patiemment bâtie à l'écart des modes et des chapelles mais avec laquelle il faut compter. On verra que La Parole humiliée n'est pas seulement un réquisitoire féroce contre les mensonges du siècle ; c'est d'abord un grand livre d'espérance.