Le texte d'Esaïe 9.5 & 6 est souvent utilisé comme argument pour les personnes favorables à la doctrine de la trinité. Examinons-le plus en détail.
En voici deux traductions provenant de deux milieux culturels et religieux différents.
Texte de Segond
« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule ; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père Éternel, Prince de la paix. Donner à l’empire de l’accroissement, Et une paix sans fin au trône de David et à son royaume, L’affermir et le soutenir par le droit et par la justice, Dès maintenant et à toujours : Voilà ce que fera le zèle de l’Éternel des armées. »
Texte de Chouraqui
« Oui, un enfant est enfanté pour nous, un fils nous est donné. Et c’est l’autorité sur son épaule. Il crie son nom : « Merveilleux conseiller, héros d’Él, père pour toujours, prince de la paix », pour multiplier l’autorité, pour la paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’affermir et le restaurer par le jugement et la justification, désormais et en pérennité. L’ardeur de IHVH-Adonaï Sebaot fera cela. La main brandie. »
Il s’agit bien du Messie dont il est question ici : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné ». Les affirmations qui suivent sont étranges car elles ne confortent pas le fait que le Messie ne soit pas Elohim lui-même.
Segond le nomme « Dieu puissant, Père Éternel » .
Et Chouraqui nous dit « père pour toujours », quand bien même il remplace « Dieu tout Puissant » par« héros d’El ».
Gardons à la pensée que les traducteurs sont influencés par la doctrine qui prévaut en leur époque. Chouraqui a moins subi les influences pagano chrétiennes que les autres et s’il traduit « héros d’El », c’est qu’il est tout à fait possible de traduire ainsi. Le texte hébreu dit bien « El » d’une part et le mot « puissant » (gibbor גִּבּוֹר) est traduit ailleurs par héros.
Voyons maintenant les expressions « Père Éternel » et « père pour toujours » . Incontestablement, l’hébreu donne le mot ’ab אָב , qui veut bien dire père mais qui veut dire aussi « chef (de famille) par exemple) » ou « prince, dignitaire ». Ce qui est traduit par « éternel » signifie « pour toujours ». On peut donc effectivement le traduire par « éternel », mais ce mot est étranger au contexte de l'ancien hébreu.
Traduire יְהוה, par « l’Eternel » nous rend un très mauvais service. On devrait toujours dire « Je suis », car ainsi on obtient une idée de permanence qui transcende le temps. יְהוה, n’est pas inclut dans le temps. Le temps est une création, tout comme l’espace. Nous vivons dans ces deux dimensions créées. Or les anciens hébreux ne connaissaient pas la théorie de la relativité.
L’israélite, Esaïe en l’occurence, ne dispose pas de ces concepts (espace-temps) qui sont issus de la science moderne. Il pense «pour toujours ». Aussi peut-on traduire, « chef pour toujours »
Récrivons le passage avec ces corrections.
« On l’appellera Admirable, Conseiller, Héros d’El, Chef (Roi, dignitaire) pour toujours, Prince de la paix.»
Enfin cette dernière expression : « Voilà ce que fera le zèle de l’Éternel des armées. » ou « L’ardeur de יְהוה,-Adonaï Sebaot fera cela. ». Ici il est clair qu’on ne parle plus du « fils qui est donné » mais du Père, יְהוה Adonaï.
Confronté à tous les textes examinés sur ce blog (voir liens de cette rubrique), ce texte s’intègre à un ensemble cohérent et harmonieux où le Fils ne s’est jamais nommé « Je suis ». Excepté une fois, mais de façon restreinte: "Avant qu'Abraham fût, je suis". Jean 8.58. Il affirme qu'il était avant Abraham.